Le Pr Philippe Even quitte la présidence de l'Institut Necker

PARIS, 8 septembre 2015 (APM) - Le Pr Philippe Even a annoncé mardi sa démission de la présidence de l'Institut Necker dans un courrier au Formindep (collectif pour une formation médicale indépendante) destiné à apporter des précisions sur une dépêche APM qui révélait l'activité de son association.
Un nouvel ouvrage du Pr Philippe Even, intitulé "Corruptions et crédulité en médecine", sort en librairie jeudi aux éditions du Cherche-Midi. Dans ses précédents ouvrages, l'ancien président de l'université Paris-Descartes ne déclarait aucun lien d'intérêts avec l'industrie pharmaceutique et s'est spécialisé dans la lutte contre les conflits d'intérêts, rappelle-t-on.
Or, le 31 août, l'APM révélait que le Pr Philippe Even préside une association qui gère des crédits issus de l'industrie pharmaceutique et de fondations pour les chercheurs du public, l'Institut Necker (cf APM VIB6NTQRTO).
L'APM a découvert fortuitement l'existence de contrats liant plusieurs laboratoires à l'Institut Necker au cours d'une recherche sur le site transparence.sante.gouv.fr, précise-t-on. La dépêche se basait sur les contrats répertoriés sur ce site, qui n'est pas exhaustif, et sur un entretien avec le Pr Philippe Even. Elle mentionnait 45 conventions et 17 avantages, identifiés comme tels sur le site. Le Pr Even avait alors répondu qu'en tant que "gestionnaire", il n'avait aucun lien financier personnel avec l'industrie pharmaceutique.
Dans un courrier adressé mardi aux membres du Formindep et à quelques médecins -mais pas à l'APM-, le Pr Philippe Even se dit "triste d'avoir à rappeler [s]a totale indépendance à l'égard des firmes pharmaceutiques" et dénonce la "malveillance" de l'APM, média qu'il juge "en totale dépendance" à "l'égard des grandes firmes". Le fil d'information APMnews.com est exclusivement financé par ses abonnements auprès des divers acteurs du monde de la santé, rappelle-t-on.
Dans ce courrier, le Pr Even annonce par ailleurs qu'il quitte la présidence et le conseil d'administration de l'Institut Necker, non pas pour prévenir toute situation de conflits d'intérêts lorsqu'il s'exprime sur les médicaments et les laboratoires pharmaceutiques, mais "pour ne pas nuire aux possibilités de contractualisation des équipes de chercheurs avec l'industrie pharmaceutique", affirme-t-il.
Dans cette lettre, le Pr Even précise que l'Institut Necker gère actuellement les crédits privés obtenus par une centaine d'équipes de recherche à travers 250 contrats de recherche clinique, c'est-à-dire "des dons et des contrats de recherche institutionnels passés entre, non des personnes, mais des équipes ou unités de recherche publique", décrit le Pr Even. Comme il l'avait indiqué fin août à l'APM, 3 millions à 4 millions d'euros sont "en dépôt" à l'Institut Necker. Sur cette somme, 6% sont prélevés pour son fonctionnement et employés à rémunérer quatre salaires dont le sien (880 euros mensuels).
Sur les 250 contrats, 190 ont été passés avec des fondations privées et 62 avec l'industrie pharmaceutique, selon la lettre. Philippe Even avait indiqué à l'APM que la moitié des contrats étaient passés avec l'industrie pharmaceutique, note-t-on.
Un seul contrat concerne Servier et il s'élève à 960 euros, a-t-il tenu à souligner à des signataires du "Manifeste des 30" appelant les médecins "à réévaluer la pertinence des liens les unissant au laboratoire Servier". Il a énuméré aux destinataires de son courrier les nombreuses occasions qu'il a saisies pour "stigmatiser Servier", comme dans l'un de ses livres, ce qui lui a valu d'être attaqué en justice (cf APM LDQFD004).
Selon le Pr Even, ces contrats sont négociés entre les unités de recherche et les fondations et entreprises privées "sans que jamais à aucun moment l'Institut Necker y participe et en soit même tenu au courant". L'Institut Necker est ensuite sollicité pour ouvrir un compte au nom de l'équipe et assure "la gestion d'achats de matériel et de consommables", le "financement de séjours à l'étranger", le "recrutement de jeunes post-doc sur CDD".
Dans son courrier, Philippe Even oppose les contrats de recherche clinique qu'il qualifie de "regrettables" parce qu'ils mettent parfois "la recherche publique à la remorque des objectifs commerciaux des firmes" -mais qu'il faut néanmoins soutenir, selon lui- aux contrats financiers personnels entre firmes et médecins -qu'il faut limiter.
Il vise particulièrement les contrats personnels de consultant ou d'orateur répertoriés sur le site transparence santé sous divers titres, tels qu'"expert", "board", "conseils scientifiques", "consultant"... Parmi ces consultants, il distingue les "consultants blancs" coopérant sur des molécules utiles des "consultants noirs" qui promeuvent les molécules inutiles ou inefficaces.
Il soutient que tous les contrats gérés par l'Institut Necker sont des contrats de recherche clinique. Or, parmi les conventions figurant sur le site transparence.sante.gouv.fr, l'APM a identifié deux conventions "expert" signées avec Roche, une convention "orateur" avec Bristol-Myers Squibb et cinq "prestations de service" avec Janssen (groupe Johnson & Johnson) et Pfizer.
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