"On était prêt"': après les attentats, des personnels de l'AP-HP témoignent

PARIS, 23 novembre 2015 (APM) - Six membres de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) ont témoigné de leur expérience lors des attentats du 13 novembre, dans des vidéos mises en ligne vendredi par le service communication de l'institution.
Une vague de six attentats simultanés, revendiquée par l'organisation Etat islamique, a frappé Paris et Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) le 13 novembre, rappelle-t-on (cf APM SAN7NXT2HC). Le bilan est de 130 morts et plus de 350 blessés dont 169 toujours hospitalisés (cf APM SAN9NY9Z3Y).
L'hôpital Saint-Louis a vu arriver "par vagues" 27 blessés par balles, a expliqué le Dr Jean-Paul Fontaine, du service d'accueil des urgences. Les victimes sont arrivées très vite, a-t-il poursuivi, car cet hôpital est situé à quelques mètres seulement du bar et du restaurant visés dans le Xème arrondissement et à proximité de plusieurs bars touchés dans le XIème.
La situation à l'hôpital Saint-Louis était "très, très singulière" car "ces bars sont des lieux de rendez-vous fréquents" pour les soignants, a poursuivi Jean-Paul Fontaine. "Chacun de nous connaît des personnes qui ont été impliquées, voire qui sont mortes": il fallait "savoir absorber" ces histoires difficiles.
"L'un des enjeux majeurs" dans cette situation était "de prendre conscience très rapidement qu'il était impossible de transférer" les patients vers d'autres hôpitaux, a raconté le professeur: ce sont les chirurgiens qui ont fait preuve de mobilité.
Nathalie Nion, cadre supérieure de santé à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, a souligné l'"excellente collaboration" médicale et paramédicale car certaines "personnes pivots" étaient définies comme seuls interlocuteurs. Elles ont permis de donner des ordres acceptés par tous, ce qui a favorisé une coordination.
"Je suis assez admiratif de la vitesse" à laquelle les différentes équipes se sont mobilisées, s'est félicité le Dr Matthieu Legrand, du département anesthésie-réanimation de l'hôpital Saint-Louis, dont le rôle était précisément de "faire en sorte que les différentes équipes s'articulent".
Il y a eu une "montée en puissance avec une coopération de tous", a également assuré Marie Borel, anesthésiste-réanimatrice à hôpital de la Pitié-Salpêtrière. "On était prêt", a-t-elle estimé, précisant que "s'il y avait besoin de prendre en charge plus de patients, on pouvait le faire".
UN NIVEAU DE SERVICE DIURNE GRACE AUX VOLONTAIRES
"Pendant un moment, nous étions dans l'incertitude du nombre de victimes qui pouvaient arriver", a repris Matthieu Legrand, qui a noté que la "capacité d'accueil n'a jamais été saturée". Le nombre de volontaires a permis d'atteindre le niveau de service diurne, a précisé le Pr Pierre Carli, directeur du Samu de Paris. 60 équipes Smur étaient "disponibles ou engagées sur le terrain" et il y avait plus de 35 blocs d'opération actifs, a-t-il dit.
Matthieu Legrand a expliqué que le Samu avait été "très efficace" sur la "deuxième partie de la nuit", lorsque les patients avaient été stabilisés, vers "quatre ou cinq heures du matin". A 5h30, lorsque l'alerte s'est arrêtée, "on a renvoyé un maximum de personnel" afin de "conserver des forces vives" pour les 24 heures suivantes, a raconté Mathieu Raux, anesthésiste-réanimateur à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière.
"CA NE HURLAIT PAS"
"Quelque chose qui m'a marqué, c'est le silence", a noté Jean-Paul Fontaine. "Les malades ne [criaient] pas, ne [pleuraient] pas. Vous comprenez très vite que les patients sont choqués, saisis. [...] Quand vous prenez le temps de discuter, lorsque c'est possible, [...] au bout d'un moment ils vont tous claquer des dents, avoir le coeur qui s'accélère. [...] Ils vont vous raconter des histoires horribles", a-t-il témoigné. "Du coup, le silence a fait que ce sentiment de panique" a été atténué.
"Les conditions psychologiques étaient très difficiles", a souligné Mathieu Raux, car il y a un phénomène d'identification, notamment des jeunes personnels, avec les victimes. Il y avait un "stress et un sentiment d'angoisse", a décrit Matthieu Legrand. Cette angoisse n'est pas ressortie au début, mais "quand la pression est retombée, on a bien senti" que c'était un "choc pour tous". Il a souligné qu'il fallait "travailler" pour que "tout le monde puisse gérer cette angoisse".
"J'ai été très surpris par le calme, la sérénité qui régnait", a-t-il complété. Les patients ont été "très calmes: ça ne criait pas, ça ne hurlait pas". La situation donnait une "impression de calme et de fluidité".
Matthieu Legrand a raconté que, après une "phase initiale", il y avait celle de la "tristesse": "On s'identifie complètement aux victimes" car "ça aurait pu être n'importe lequel d'entre nous". "Le fait d'avoir été impliqué" était toutefois "réconfortant dans ce malheur".
Jean-Paul Fontaine a estimé que, jusqu'ici, l'AP-HP était en exercice pour un événement qui relevait de la théorie. "Maintenant, il nous faut tourner cette page" car "cette chose est arrivée". "Je suis fier du service, [...] l'équipe a su élever le niveau de ce que la situation exige", a-t-il fait valoir, même si "on peut être insatisfait de plein de choses", notamment parce qu'il y a eu des "moments de flottement".
"On découvre ce qu'est la traumatologie avec des armes de guerre", a dit Mathieu Raux. "Ici, on a soigné des blessés de guerre avec des techniques chirurgicales civiles de pointe", a-t-il ajouté. Mais il refuse de parler de chirurgie de guerre, préférant qualifier les actes de "chirurgie de très haut vol délivrée à des blessés de guerre".
"Je suis stupéfait" de voir la "fluidité" avec laquelle ça s'est passé, a confié Mathieu Raux, qui a assuré que, s'il y avait de nouveaux attentats, "on serait capable de faire face".
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