Maternités: une tribune de médecins défend les "nécessaires restructurations"

PARIS, 25 février 2019 (APMnews) - La restructuration de l'offre de soins en maternité est une "nécessité" pour préserver la qualité et la sécurité des soins, estiment 23 anesthésistes-réanimateurs, gynécologues, pédiatres et médecins généralistes, responsables de syndicats et de sociétés savantes de ces disciplines, dans un communiqué commun diffusé lundi.
Les signataires* disent entendre les inquiétudes qui grandissent autour de la fermeture de certaines maternités de proximité, mais souhaitent rappeler "en tant qu'acteurs du réseau de périnatalité" que le "problème de sécurité des patientes et des nouveau-nés doit être au coeur de la réflexion sur l'évolution de ces structures".
Ils soulignent que "la dissémination de l'offre de soins en maternité sur chaque territoire de santé est un facteur déterminant de risque de perte de qualité et de sécurité des soins. Les ressources humaines médicales nécessaires pour assurer en permanence une qualité égale sur tous les territoires sont limitées."
L'assouplissement des critères de sécurité, la baisse du niveau de qualification des acteurs, la multiplication des contrats de médecins remplaçants à la place d'équipes expérimentées, ne peuvent constituer, selon eux, des solutions pour maintenir des maternités qui ne répondent pas aux exigences de qualité et sécurité.
"La proximité n’est pas gage de sécurité", soulignent-ils.
"Ne pas accepter les nécessaires restructurations, c'est contraindre les soignants à moins de sécurité des pratiques, à moins de qualité dans la prise en charge des accouchements. C'est mettre en danger les femmes qui viennent accoucher, comme les personnels soignants. Ceci aboutira dans un futur très proche à une aggravation de la situation actuelle qui cumule les déserts médicaux, l'insatisfaction des femmes, l'augmentation de pathologies graves et accroît le risque de mortalité pour les femmes et les nouveau-nés", mettent-ils en garde.
"Chaque communauté médicale des groupements hospitaliers de territoire (GHT) a produit son projet médical de territoire", rappellent les 23 médecins, assurant que "les décideurs des GHT doivent les prendre en compte et être guidés par l’essentiel équilibre sécurité-proximité". "Trop souvent, en particulier pour le maintien des plateaux techniques de taille critique, les projets médicaux de territoire sont le reflet de la pression des politiques et ne sont pas assez issus des réflexions des soignants, seuls véritables experts."
"Le maillage des maternités publiques et privées situées dans les villes ou départements limitrophes du lieu de résidence, les moyens déployés pour améliorer les voies d’accès afin que le temps d'accès moyen n’augmente pas malgré les fermetures, le transport des parturientes ou encore leur hébergement dans des hôtels hospitaliers sur les lieux d’accouchement sont autant de solutions qui doivent être analysées et proposées pour accompagner la fermeture des maternités qui ne répondent plus aux exigences de sécurité", plaident les auteurs.
Il font valoir que "ces solutions existent déjà et fonctionnent, que ce soit à l’étranger (en Suède, Finlande) ou en France" avec l’exemple des îles de la côte Ouest, Belle-Ile, Groix, Yeu, où habitent plus de 12.000 habitants.

Une évolution "inéluctable du fait de la démographie médicale"

Maintenir une maternité qui ne parvient pas, dans les faits, à offrir une organisation pérenne 24 heures sur 24 répondant aux critères de qualité et sécurité de la Haute autorité de santé (HAS) est "une erreur managériale pour les directions d'hôpitaux, médicale pour les médecins et les sages-femmes et une tromperie politique envers les femmes auxquelles est annoncé que tout fonctionne correctement", soutiennent les signataires.
"Sans réaction rapide, ces situations vont se multiplier", préviennent les médecins.
"L'accompagnement financier et organisationnel de ces mutations incombe au gouvernement au travers des dispositions de la loi d’organisation de la transformation du système de santé, des ARS [agences régionales de santé] pour le financement des réseaux périnataux de partenariat et à l'assurance maladie au travers du nécessaire accompagnement des CPTS" (communautés professionnelles territoriales de santé).
Pour les 23 praticiens, cette évolution est "urgente et inéluctable du fait de la démographie médicale. Elle est nécessaire pour la sécurité des patientes".
"Nous comprenons les craintes des patientes mais rester crispé au milieu du gué est particulièrement dangereux. Refusons la démagogie et construisons l'avenir avec les patients, les soignants et les élus responsables", concluent-ils.
Les signataires
  • Laurent Heyer, président du Conseil national professionnel d'anesthésie-réanimation (CNP-AR)
  • Benoît Plaud, président du Collège national des enseignants d’anesthésie-réanimation (CNEAR)
  • Xavier Capdevila, président de la Société française d’anesthésie et de réanimation (Sfar)
  • Christian-Michel Arnaud, président du Syndicat national des anesthésistes-réanimateurs de France (Snarf)
  • Denis Cazaban, président du Syndicat des médecins anesthésistes-réanimateurs non universitaires (Smarnu)
  • Anne Wernet, présidente du Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs (SNPHAR-e)
  • Élie Saliba, président de la Société française de néonatologie (SFN)
  • Olivier Claris, chef de service de néonatologie et de réanimation néonatale au CHU de Lyon
  • Blandine Mulin, présidente de la Fédération française des réseaux de santé périnatale (FFRSP)
  • Thierry Debillon, président de la Société française de médecine périnatale (SFMP)
  • Jean-Christophe Rozé, professeur de pédiatrie à l’université de Nantes
  • Israël Nisand, président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF)
  • Michèle Scheffler, présidente du Conseil national professionnel de gynécologie et obstétrique (CNPGO)
  • Vincent Zerr, président de la Fédération des cercles d’étude des gynécologues obstétriciens descentres hospitaliers (FECEGOCH)
  • Bertrand de Rochambeau, président du Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France (Syngof)
  • Pascale Le Pors, vice-présidente du Syngof, pôle praticiens hospitaliers
  • Jacques Trévidic, président de la Confédération des praticiens des hôpitaux (CPH) et d'Action PraticiensHôpital (APH)
  • Renaud Péquignot, président d'Avenir hospitalier
  • Emmanuel Loeb, président de Jeunes médecins
  • Jeremy Do Cao, président de l’Association des juniors en pédiatrie (AJP)
  • Gabriel Saiydoun, président du Conseil national des jeunes chirurgiens (CNJC)
  • Franck Verdonk, président du Syndicat des jeunes anesthésistes-réanimateurs (SNJAR)
  • François Braun, président de Samu-Urgences de France
sl/nc/APMnews

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