Coronavirus: l'AP-HP devrait déployer ce week-end le maximum de sa capacité en réanimation

PARIS, 20 mars 2020 (APMnews) - L'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) se prépare à un afflux massif de patients ce week-end et compte avoir d'ici là déployé le maximum de sa capacité en réanimation, ont expliqué vendredi après-midi son directeur général, Martin Hirsch, et plusieurs représentants de la communauté médicale de l'institution, lors d'une conférence téléphonique.
Il y avait vendredi à l'AP-HP "environ 250 patients en réanimation", soit "environ la moitié de ce qu'il y a en Ile-de-France, puisqu'on s'est organisé pour faire en sorte que la montée en charge puisse se faire dans les différents établissements mobilisés et avoir comme stratégie d'utiliser à plein toutes les ressources" de la région, a déclaré Martin Hirsch, directeur général de l'AP-HP.
Le Pr Bruno Riou, qui a été nommé directeur médical de crise pour l'épidémie de Covid-19 à l'AP-HP (cf APM SAN4Q7FS60-1), a dit assister à une "mobilisation très importante de toute la communauté des soignants, de l'administration et des étudiants de santé".
"Actuellement est en cours un travail considérable d'organisation sur le terrain", avec des cellules de crise mises en place par site et la nomination de directeurs médicaux de crise dans chaque site", a-t-il souligné.
"Le mot d'ordre est à l'organisation, à l'anticipation et à la réactivité. Nous allons devoir faire face au pic de l'épidémie qui n'est pas encore atteint, à une crise qui va durer, et ensuite il faudra probablement envisager la période de sortie de crise qui ne va pas forcément être facile."
Les professionnels soignants "sont les combattants d'une guerre dont nous n'imaginions pas qu'elle puisse arriver", a abondé le Pr Rémi Salomon, président de la commission médicale d'établissement (CME) de l'AP-HP. "Nous sommes dans une situation inédite, exceptionnelle, où l'organisation de nos hôpitaux est totalement bouleversée."
Il a par ailleurs confirmé que le pic de l'épidémie était attendu pour la première quinzaine d'avril, selon les projections des épidémiologistes, issues de "leurs observations de l'épidémie en Europe".
Le Pr Antoine Vieillard Baron, président de la collégiale des réanimateurs, a expliqué que la montée en charge des lits de réanimation avait pour objectif "d'arriver à quasiment 1.000 lits de réanimation" à l'AP-HP, dont presque "600 lits dédiés au Covid". Ce qui représente un doublement des capacités depuis le début de l'épidémie.
Les lits de surveillance continue ont en majorité été transformés en lits de réanimation, a-t-il précisé.
Du fait de "problématiques de ressources humaines à régler malgré l'investissement de tous", il est possible "qu'on n'arrive pas totalement sur le week-end à monter notre capacitaire de niveau 3 maximal, mais on y travaille minute après minute", a-t-il poursuivi.
Les défis des jours à venir seront de "pouvoir organiser les capacités, mais aussi d'avoir suffisamment de personnel pour ces capacités", a souligné Martin Hirsch.
"Nous avons pour cela une stratégie pour utiliser des personnels qui sont d'autres services et qui se consacrent au Covid", et "nous continuons à faire appel à des renforts externes".
Le directeur général de l'AP-HP a signalé la mise en place de la plateforme www.renforts-covid.fr par l'agence régionale de santé (ARS) Ile-de-France. Celle-ci a été réalisée avec la start up en santé MedGo et vise à fonctionner sur le principe du "matching'. Pour sa part, l'AP-HP a mis en place un numéro vert, le 0805.280.270.
"Au moment où l'on se parle, il n'y a pas de tension particulière sur les lits de réanimation à l'AP-HP, en prenant en considération le potentiel et l'ouverture déjà réalisée d'un certain nombre de lits", a assuré Antoine Vieillard Baron.
Mais à l'échelle de la région, "ce qui va nous guetter dans les jours à venir, c'est une hétérogénéité importante, avec des sites soit déjà en tension ou dans le futur très en tension, et des sites moins en tension. On a un enjeu de régulation extrêmement important pour essayer le plus finement, avec la collaboration du Samu, d'orienter les patients là où il y a encore des lits".
S'agissant de la réanimation, il a confirmé la validation d'un "document éthique construit et validé par l'ensemble des réanimateurs médicaux, des anesthésistes réanimateurs, des urgentistes et des Smuristes, qui permet d'essayer de donner des directions humainement et médicalement acceptables dans les règles de l'art" (cf APM CD5Q7EDDL et APM CD0Q7HV6L).
"On n'est pas dans situation de tri obligé ou de choix, mais dans une situation où on réfléchit avant d'admettre en réanimation et où on essaie d'évaluer quel est le bénéfice à entrer en réanimation pour les patients", a expliqué pour la collégiale des anesthésistes réanimateurs le Pr Catherine Paugam.
Les équipes ont également travaillé sur "le parc des ventilateurs", en collaboration avec l'Ageps [Agence générale des équipements et des produits de santé], ce qui a permis de déterminer un parc de "plus de 1.000 ventilateurs, voire 1.400 ventilateurs dans un système un peu plus dégradé", a également exposé Antoine Vieillard Baron. Il a précisé que 186 ventilateurs "lourds de réanimation" ont été commandés.
"Nous sommes d'ores et déjà en train de préparer la phase ultérieure, le 'capacitaire 4'", qui consiste en une "réanimation hors les murs", impliquant "de réfléchir au sein de nos hôpitaux où nous pourrions mettre des patients ventilés" dans des situations de sécurité "acceptables", a-t-il fait savoir.
A la suite de l'annonce du confinement -"on estime à 17% le taux de Parisiens ayant quitté Paris" pour d'autres régions et "on s'attend potentiellement à devoir récupérer des patients dans nos lits de l'AP-HP", a-t-il considéré.
Martin Hirsch a relevé que ce chiffrage n'était pas "officiel", mais avait été validé par la préfecture de police, se fondant "probablement sur la baisse de consommation d'électricité" après les annonces de confinement.
Sur les soins palliatifs, "à partir du moment où on considère, sur des critères éthiques finalement assez habituels, et que les réanimateurs ont l'habitude d'utiliser, que des malades ne bénéficieraient pas de la réanimation, nous sommes en train de travailler notamment avec la collégiale de soins palliatifs à l'organisation de la prise en charge de ces malades pour faire en sorte qu'ils soient accompagnés si malheureusement ils devaient décéder", a annoncé Antoine Vieillard Baron.

Huit essais thérapeutiques

Sur le plan de la recherche, le Pr Gabriel Steg, vice-président du directoire chargé de la recherche à l'AP-HP, a souligné que se mettaient en place au sein de l'institution "un très grand nombre d'études et de recherches, un très grand foisonnement de projets". "J'ai compté plus de 70 projets et il nous en arrive au moins 4 ou 5 différents par jour", a-t-il précisé. "La diversité des thématiques est très grande, depuis les études d'épidémiologie jusqu'aux aspects thérapeutiques et de sciences humaines et sociales."
"On essaie de les faire en coordination avec les organismes qui pilotent la recherche sur le Covid", dont le consortium REACTting piloté par le Pr Yazdan Yazdanpanah, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Bichat, le Groupement interrégional de recherche clinique et d'innovation (Girci), d'autres CHU et les universités. "C'est une recherche que l'on veut la plus collaborative possible", a-t-il fait valoir.
"J'ai compté déjà 8 essais thérapeutiques dont plusieurs ont déjà commencé", a-t-il relevé.
"Au niveau national, un essai clinique randomisé", impliquant "fortement l'AP-HP", va "commencer demain pour évaluer les anti-viraux", a-t-il souligné le Pr Yazdan Yazdanpanah. "Il y a aussi d'autres projets de recherche sur les traitements, notamment sur les immunomodulateurs qui vont démarrer au niveau de l'AP-HP, toujours en lien avec les niveaux national et international".
Il a également mentionné l'existence de projets de recherche en réanimation et sur la prophylaxie, pour notamment pour "éviter la transmission au niveau des soignants". Sur ce point, Martin Hirsch a mentionné que 345 professionnels de l'AP-HP "sont Covid positifs", dont trois hospitalisés, avec deux en réanimation. "Ils n'ont pas forcément été infectés à l'intérieur de l'hôpital", a précisé le Pr Yazdan Yazdanpanah.
mlb/ab/APMnews

Découvrez gratuitement et sans engagement Cliniquesnews.com pendant 7 jours.

Vous voulez informer la rédaction sur un événement se passant dans votre établissement ou votre région (nomination, ouverture d’un service…), écrivez-nous à redaction@cliniquesnews.com