L'académie de médecine recommande de réexaminer la stratégie nationale de stockage des masques

PARIS, 23 mars 2020 (APMnews) - L'académie nationale de médecine préconise de revoir la stratégie nationale de stockage des masques, dans un avis ou elle retrace son évolution depuis le début des années 2000, publié dimanche soir.
L'académie y émet également des recommandations en vue de protéger les professionnels de santé pendant cette période épidémique de pénurie.
Afin d'éviter une telle pénurie à l'avenir, elle recommande la constitution d'un stock stratégique de masques, notamment de type FFP2, suffisant pour couvrir les besoins dans les premières semaines d'une épidémie.
Cela permettrait, outre une protection des professionnels en continuité d'activité, en contact avec la population (guichet, accueil, sécurité…), un usage plus large du masque chirurgical, anti-projection dans la population générale.
Les académiciens préconisent également un contrôle de ces stocks "étroit" et "régulier" par le Parlement afin d'assurer un suivi transparent de l'évolution des stocks de masques.
Dans son avis, l'académie revient sur l'évolution du stock stratégique de masques.
Depuis 2001, pour répondre à des menaces de grande ampleur, l’Etat a constitué des stocks stratégiques notamment d'antibiotiques, de comprimés d'iode et de vaccins. Lors de la menace de pandémie associée à H5N1 (grippe aviaire), virus contre lequel il n'y avait ni vaccin, ni traitement, l'Etat a constitué des stocks de masques chirurgicaux (ou anti-projection), qui sont des dispositifs médicaux, et FFP2 , qui ne sont pas des dispositifs médicaux mais dont l'efficacité est supérieure pour protéger les soignants exposés.
Entre 2005 et 2009, un stock de masques chirurgicaux et de masques FFP2 a été progressivement constitué par l’Etat, qui avait encouragé la production française. La gestion de ces stocks est passée de la direction générale de la santé (DGS) à l'Etablissement pour la préparation aux urgences sanitaires (Eprus, aujourd'hui intégré à Santé publique France) en 2007. Lors de l'annonce de la pandémie de grippe A(H1N1) en avril 2009, le stock était constitué d'un milliard de masques chirurgicaux et de 700 millions de masques FFP2. Durant cette épidémie, des masques chirurgicaux avaient été libérés, mais peu de FFP2.
"Les jugements portés sur la gestion de la pandémie grippale due au virus H1N1 avaient plutôt été que l’OMS [Organisation mondiale de la santé] et de nombreux Etats, dont la France, en avaient trop fait, s’agissant en particulier de l’acquisition des vaccins", rappelle l'académie. Elle considère que ces jugements ont pu influencer "l’attitude des instances scientifiques et des pouvoirs publics vis-à-vis de la poursuite de la préparation au risque de pandémie liée à un virus émergent à tropisme respiratoire".
En 2011, le Haut conseil de la santé publique (HCSP) évoquait l’efficacité préventive, à la fois des masques chirurgicaux et des masques de type FFP2, "dans le contexte d’un risque élevé tel que le Sras [syndrome respiratoire aigu sévère] et recommandait notamment le masque chirurgical, et non plus le masque FFP2, pour les professionnels, hors professions de santé, en "activité de guichet". L'avis fournissait des informations pour dimensionner les stocks (cf APM VBOL6002).

2013: les stocks de masques FFP2 à la charge des employeurs

Lors de la révision de la stratégie de prévention et de lutte pandémie grippale, en 2011, il a été décidé par le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, qu'à partir de 2013, le stock national de masques géré par l’Eprus concernerait uniquement les masques de protection chirurgicaux tandis que la constitution de stocks de masques de protection des personnels de santé (notamment les masques FFP2 pour certains actes à risque) était désormais à la charge des employeurs.
Ces inflexions se traduisaient notamment par le non-renouvellement de certains stocks périmés, la réorganisation logistique de stockage de l’Etat entre la plateforme centrale de Vitry-le-François (Marne) et des plateformes zonales, et une distinction entre stocks "stratégiques" gérés par l’Etat au niveau national et moyens "tactiques" des établissements de santé financés par des crédits de missions d'intérêt général et d'aide à la contractualisation (Migac).
Dans ce cadre, l’Eprus devait accompagner les agences régionales de santé (ARS) et les établissements de santé pour constituer et renouveler leurs stocks.
"On peut supposer qu’une instruction a indiqué aux professionnels de santé libéraux, aux chefs des établissements de santé et aux responsables des établissements du secteur médico-social qu’il leur incombait de se doter de stocks de masques FFP2 pour la protection des professionnels susceptibles d’être exposés", écrit l'Académie nationale de médecine.
Cette évolution de la doctrine d’emploi des masques et de leur stratégie de stockage s’est traduite par une forte diminution des stocks depuis 2010. En 2015, la commission des finances du Sénat constatait que la valeur des stocks était passée de 982 millions d’euros fin 2010 à 416 millions d’Euros en 2015.
Les rapports 2016 et 2017 de Santé publique France, au sein duquel a été regroupé l'Eprus en 2016, ne mentionnent pas ces stocks.
En 2018, seule la constitution de stock de masques chirurgicaux est abordée, sans précision sur la quantité. "Il n’est pas fait mention de l’appui éventuellement apporté par Santé publique France à la constitution de stocks de masques FFP2 par les établissements de santé, les établissements médico-sociaux et les professionnels de santé libéraux", pointe l'Académie nationale de médecine.
vib/ab/APMnews

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