Coronavirus: la demande de Plaquenil* croissante dans les officines françaises

PARIS, 24 mars 2020 (APMnews) - La demande de Plaquenil* (hydroxychloroquine, Sanofi) est croissante dans les officines françaises, ont rapporté lundi et mardi à APMnews plusieurs syndicats de pharmaciens ainsi que le Conseil national de l'ordre des pharmaciens (Cnop).
La diffusion vidéo le lundi 16 mars des résultats obtenus dans sa petite étude monocentrique avec l'hydroxychloroquine (avec ou sans azithromycine), par le Pr Didier Raoult de l'institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection, ont été largement commentés (cf APM VIB3Q7DS7Y).
Malgré la faiblesse méthodologique de ces résultats, le Pr Raoult a appelé à traiter les patients atteints du Covid-19 avec l'association hydroxychloroquine + azithromycine (cf APM VIB0Q7G6R9).
Plusieurs pétitions, réunissant pour certaines des dizaines de milliers de signatures, ont été lancées depuis la semaine dernière pour traiter massivement l'infection par le Sars-Cov-2 avec l'hydroxychloroquine. Lundi, à la suite de l'annonce du décès de l'urgentiste Jean-Jacques Razafindranazy, l'Association des médecins urgentiste de France (Amuf), par la voix de son président Patrick Pelloux, a également demandé l'application des "recommandations thérapeutiques" du Pr Raoult.
"Même si toutes les conditions modernes de validité d’étude ne sont pas remplies, l’urgence et le pragmatisme doivent nous inciter à évaluer le plus rapidement possible le traitement par l'hydroxychloroquine tout en le prescrivant pour sauver des malades", faisait valoir le médiatique urgentiste dans son communiqué.
Contactés lundi par APMnews, le Cnop et plusieurs représentants des pharmaciens ont rapporté une augmentation des demandes de Plaquenil* en officine et des prescriptions de plus en plus nombreuses, en particulier depuis la semaine dernière.
Ni le Cnop, ni l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) n'ont transmis à APMnews de données sur l'évolution récente des ventes en raison de leur caractère confidentiel.
Laurent Filoche, président de l'Union des groupements de pharmaciens d’officine qui regroupe 3.000 pharmacies en France, a expliqué que c'étaient principalement des médecins pas malades qui s'autoprescrivaient l'hydroxychloroquine, par précaution, voire pour le prendre en prophylaxie.
Il a assuré qu'après discussion, notamment après avis d'un conseiller ordinal, les officines du groupement avaient décidé de ne pas délivrer l'hydroxychloroquine hors autorisation de mise sur le marché (AMM).
Gilles Bonnefond, président de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (Uspo), craignait lundi la multiplication des agressions, si les "règles" n'étaient pas rapidement précisées. Lundi, il estimait urgent, que dans le cadre de cette épidémie, les règles d'habilitation à prescrire, de prescription (posologie etc.), de remboursement et d'éligibilité des patients soient rapidement édictées.
L'ordre attendait également lundi des précisions des autorités sanitaires sur les prescriptions hors AMM d'hydroxychloroquine dans le contexte épidémique.
Lundi soir, le ministre des solidarités et de la santé Olivier Véran a annoncé que, sur la base d'un avis du Haut conseil de la santé publique (HCSP), qui n'était pas publié mardi en milieu de journée, l'hydroxychloroquine pourrait être utilisée hors AMM à l'hôpital, pour des malades atteints de formes sévères de Covid-19 et sur décision collégiale (cf APM WZ3Q7NSM4). Il a affirmé qu'il prendrait "dans les prochaines heures", un arrêté pour encadrer cet usage hors AMM.
Cet arrêté n'était pas publié au Journal officiel mardi, note-t-on.

Balance bénéfices/risques

Sur le site de la Société d'infectiologie de langue française (Spilf), le Pr Marc Lecuit, du centre d'infectiologie de l'hôpital Necker (AP-HP, Paris) et de l'Institut Pasteur rappelait lundi la toxicité de la chloroquine et de l'hydroxychloroquine, "surtout si elles sont utilisées à grande échelle". Les deux médicaments allongent l'intervalle QT, "et peuvent donc engendrer des arrêts cardiaques, et ainsi provoquer plus de morts que sauver de vies s'il est utilisé sans discernement". De plus l'azithromycine, proposée en association, augmente également le QT, note le spécialiste. "Il apparaît donc potentiellement dangereux de proposer ce traitement de masse sans en avoir évalué les conséquences éventuelles", prévient-il.
Dans un communiqué diffusé mardi, la revue Prescrire estime qu'en pratique, "pour chaque patient, l'efficacité, hypothétique, est à mettre en balance avec les effets indésirables déjà connus et prévisibles du médicament proposé, en tenant compte aussi d'éventuels effets défavorables sur l'infection". Le mensuel indépendant estime également, que, quelle que soit la situation, en cas d'expérimentation, les patients doivent être informés "des incertitudes, y compris quant au risque d'aggravation de la maladie tant que cet aspect n'a pas encore été évalué". Il juge "souhaitable que toute expérimentation soit effectuée dans un cadre de recherche avec protocole, collecte des données, interprétation prudente".
L'ANSM a précisé de son côté à APMnews mardi être "très attentive" au risque de survenue d'effets secondaires, notamment en lien avec des surdosages. Elle dit travailler "en lien étroit avec les centres régionaux de pharmacovigilance pour surveiller ces risques et rappeler les bonnes pratiques".
Par ailleurs, en accord avec l'avis du HCSP, l'agence affirme qu'elle publiera "dans les meilleurs délais" un document d'information relatif au Plaquenil*. Outre ses effets indésirables, l'ANSM y rappellera ses nombreuses contre-indications, notamment les rétinopathies et l'allaitement.
Contactée mardi, l'information médicale de Sanofi a rappelé à APMnews que l'hydroxychloroquine n'était pas indiquée dans le paludisme en France. Son médicament est autorisé comme antipaludéen (prophylaxie et traitement) dans d'autres pays dans le monde, notamment aux Etats-Unis et au Canada.
L'industriel a dit s'engager à fournir Plaquenil* aux patients traités avec ce médicament dans les indications de son AMM (lucite, lupus et polyarthrite rhumatoïde) ainsi que hors AMM pour traiter certaines pathologies chroniques "afin d'assurer la continuité de leur traitement".
L’ANSM qui a précisé à APMnews suivre "très attentivement" l’état des stocks et des approvisionnements, affirme qu'il n’y a pas de pénurie en hydroxychloroquine ni en chloroquine actuellement.
vib/ab/APMnews

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