Le HCSP recommande de différer la vaccination BCG en métropole après un mois pour éviter les BCGites graves

PARIS, 6 mars 2017 (APMnews) - Le Haut conseil de la santé publique (HCSP) préconise de différer la vaccination BCG après un mois afin d'éviter que des BCGites ne surviennent chez des enfants porteurs d'un déficit immunitaire combiné sévère (DICS), dans un avis publié lundi.
Pour les enfants exposés à un risque élevé de tuberculose, la vaccination par le BCG est recommandée dès la naissance. Chez les enfants à risque, non vaccinés, la vaccination peut être réalisée jusqu’à l’âge de 15 ans. Le remplacement du vaccin multipuncture Monovax* (Sanofi Pasteur-MSD) avait déstabilisé les médecins vaccinateurs "réticents voire hostiles à l’utilisation du vaccin intradermique", rapporte le HCSP dans son avis.
La pratique de la vaccination à la maternité était censée assurer une bonne couverture. "La recommandation de vacciner à la naissance était donc essentiellement justifiée par des considérations logistiques", résume le HCSP dans son avis.
Dans le contexte actuel de rupture d’approvisionnement du vaccin antituberculeux BCG SSI* (Sanofi Pasteur), le HCSP a redéfini en 2015 des priorités vaccinale ciblant:
  • tous les nouveau-nés en Guyane et à Mayotte avant la sortie de la maternité
  • en métropole, les enfants de moins de 5 ans ayant un facteur de risque de tuberculose identifié (à l’exclusion de la seule résidence en Île-de-France).
Sanofi Pasteur-MSD importe un vaccin polonais de Biomed-Lublin, distribué uniquement dans les centres de protection maternelle infantile (PMI), de lutte antituberculeuse, de vaccination et les maternités depuis mars 2016 (cf APM VIB3O4UCN3).
En outre, avant 3 mois, le nombre de cas déclarés de tuberculose est très faible. Il était de 7 en 2013, 6 en 2014 et 4 en 2015. Un seul cas de tuberculose sévère chez l’enfant de moins de 3 mois a été recensé entre 2010 et 2015. Si le risque de progression de la tuberculose infection à la tuberculose maladie dépend de l’âge, "l’épidémiologie française n’impose pas une vaccination en période néonatale compte tenu de la rareté des cas de tuberculose très précoce", estime le HCSP.
De plus, malgrè les recommandations de vacciner les enfants par le BCG dès la naissance, en métropole le nombre d’enfants vaccinés durant le premier mois est faible et le nombre d’enfants vaccinés à la maternité "marginal", selon le document du Haut conseil.
Les données issues de l’Étude longitudinale française depuis l’enfance (Elfe), débutée en 2011 et portant sur 18.000 enfants sélectionnés dans 320 maternités de métropole, indique que 15% des enfants étaient vaccinés avant 1 mois en métropole (hors Ile-de-France) et 10% en Ile-de-France. La vaccination par le BCG avant la sortie de la maternité est fortement encouragée en Guyane et à Mayotte, du fait de la difficulté du suivi de certains enfants.
Dans son avis, le HCSP souligne que la vaccination par le BCG en période néonatale expose par ailleurs à la survenue d’effets indésirables graves chez les enfants atteints de DICS, affection rare mais habituellement non diagnostiquée à cet âge.
Entre 2005 et 2015, 20 cas de BCGites généralisées ont été déclarés à la pharmacovigilance dont 15 étaient associés à un DICS. Une étude rétrospective internationale conduite auprès de 821 enfants montre que la vaccination avant 1 mois était associée à un risque doublé de développer des complications en lien avec la vaccination ou de décès.
Au vu de l’impact très significatif du diagnostic précoce du déficit immunitaire sur le pronostic vital, les DICS sont candidats à un programme de dépistage néonatal national dont la pertinence est en cours d’évaluation en France.
"L’idéal serait de ne vacciner que les enfants chez qui le diagnostic de DICS aura été exclu", selon le HCSP.
En attendant la mise en place d'un tel dépistage généralisé, l'instance préconise de différer la vaccination au-delà de 1 mois afin de réduire significativement le nombre de BCGites chez les enfants ayant un DICS. Il recommande de pratiquer cette vaccination au cours du 2ème mois, avant le début des autres vaccinations du nourrisson.
La Guyane et Mayotte ne sont pas concernées par ces nouvelles recommandations. "Pour des raisons épidémiologiques et surtout logistiques il est nécessaire de poursuivre la vaccination par le BCG à la maternité" dans ces territoires, estime le HCSP.
vib/ab/APM

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