Cancer du sein HER2+: finalement 9 semaines de trastuzumab en adjuvant suffisent chez 9 patientes sur 10

(par François BOISSIER, au congrès de l'ESMO)
MUNICH, 22 octobre 2018 (APMnews) - Seulement 9 semaines de traitement par l'anticorps anti-HER2 trastuzumab (Herceptin*, Roche) en adjuvant dans des cancers du sein HER2+ sont aussi efficaces qu'un an de traitement chez près de 9 patientes sur 10, montre finalement une nouvelle analyse de l'étude Short-HER dont les résultats ont été présentés vendredi au congrès de l'European Society of Medical Oncology (ESMO) à Munich.
Cette étude dont les résultats avaient été annoncés il y a un an et demi (cf APM SL8ORFVMH) avait inclus en Italie 1.253 patientes qui avaient été randomisées en adjuvant entre 9 semaines et un an de trastuzumab. L'étude devait initialement inclure 2.500 patientes mais a été arrêtée prématurément en raison de l'impossibilité d'inclure suffisamment de patientes dans un temps raisonnable.
Sur l'ensemble des patientes incluses, Pier Franco Conte de l'institut oncologique IRCCS de Vénétie à Padoue n'avaient pas réussi à démontrer la non-infériorité du traitement court.
Mais ils ont ré-analysé leurs données en séparant les patientes en trois groupes en fonction de leur niveau de risque, et une conclusion différente se fait jour.
Chez les patientes ayant un niveau de risque faible (T < 2cm, N0, 37,5% des patientes incluses), la survie sans maladie à 5 ans s'est élevée à 92% dans le bras "9 semaines" et 91% dans le bras "un an". De même, chez celles ayant un risque intermédiaire (T > 2cm et envahissement ganglionnaire, 51,9% des patientes), la survie sans maladie a été de 86% dans le groupe traité 9 semaines et 87% dans le groupe traité un an. Dans ces deux cas, la non-infériorité entre les deux durées de traitement est donc démontrée.
Finalement, seules les patientes à haut risque (T > 2 cm, N4+) ont bénéficié significativement d'un traitement sur une année entière, avec une survie sans maladie de 80% alors qu'elle descendait à 60% avec le traitement court (le risque de décès ou récidive étant donc doublé quand le traitement ne durait que 9 semaines). Ces patientes à haut risque ne représentaient que 10,5% des patientes de l'étude.
La réduction de la durée de traitement à 9 semaines permet par ailleurs de diminuer de près d'un facteur 3 le risque de complication cardiaque. Ce risque était de 4,5%, contre 12,8% avec le traitement d'un an par trastuzumab.
"L'étude n'avait pas eu une puissance nécessaire en raison de la difficulté à inclure les patientes dans un délai raisonnable, c'est pourquoi la non-infériorité n'avait pas pu être affirmée sur la base des résultats" de l'ensemble des patientes, a estimé le Pr Conte.
Malgré la démonstration que près de 9 patientes sur 10 pourraient ne nécessiter que 9 semaines de traitement, le chercheur italien est resté prudent en estimant que, compte tenu du fait qu'il s'agit d'une analyse de sous-groupes, "un an de trastuzumab reste le traitement standard pour les femmes ayant un cancer du sein de stade précoce".
Mais il a ajouté que "les médecins peuvent arrêter le traitement avant un an si les patientes développent une complication cardiaque sans compromettre l'efficacité et peuvent envisager des traitements plus courts chez les patientes à risque de cardiotoxicité et dont le niveau de risque est bas ou intermédiaire".

Réduction des coûts

Au dernier congrès de l'American Society for Clinical Oncology (ASCO) a été présentée l'étude PERSEPHONE qui a montré une efficacité similaire de 6 mois et d'un an de trastuzumab (cf APM FB7P8VA7Y), ce qui allait dans le même sens que les nouveaux résultats présentés à l'ESMO, bien que la réduction de temps de traitement soit moindre. A Munich vendredi, Claire Hulme, économiste à l'université de Leeds, a présenté une analyse médico-économique de cette étude.
Ce travail montre, de façon assez logique, que les coûts sont diminués. Le coût global de prise en charge d'une patiente traitée durant 6 mois par trastuzumab s'élevait à 2.538 £, comparé à 12.334 £ quand le traitement durait un an. La baisse de coût était liée en premier lieu à la réduction du nombre de doses de trastuzumab administrées aux patientes mais aussi à la réduction des évaluations cardiaques et des jours d'hospitalisation.
De plus, il y avait une amélioration de la qualité de vie avec la durée de traitement plus courte. Ainsi, pour une même efficacité, le gain de durée de vie ajustée sur la qualité de vie (QALY) était supérieur: 1,146 QALY comparé à 1,128 QALY avec un an de traitement.
fb/san/APMnews

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