Malgré la hausse du dépistage, encore près de 30% des infections à VIH découvertes à un stade avancé

SAINT-MAURICE (Val-de-Marne), 27 novembre 2018 (APMnews) - Malgré la hausse continue de l'activité de dépistage des laboratoires, 28% des personnes diagnostiquées en 2017-2018 pour une infection à VIH l'ont été à un stade avancé de l'infection, indique un bilan de Santé Publique France diffusé mardi, en amont de la journée mondiale de lutte contre le sida "Connais ton statut", samedi 1er décembre.
Nombre de sérologies VIH réalisées en laboratoire en France, 2003-2017
Un total de 5,6 millions de sérologies VIH ont été réalisées en 2017 par les laboratoires de biologie médicale (de ville et hospitalier), soit un nombre jamais atteint depuis le pic observé en 2005 (5,44 millions).
De plus, 55.700 tests rapides d'orientation diagnostique (Trod) ont été réalisés dans le cadre d'actions de dépistage communautaire et environ 73.000 autotests VIH ont été vendus en pharmacie, ce qui était relativement stable par rapport à 2016 (respectivement 56.300 et 74.650). Santé publique France note que cela reste "très marginal par rapport à l'activité de dépistage réalisée par les laboratoires".
La proportion de Trod positifs restait toutefois élevée (7,3 tests positifs pour 1.000 Trod) par rapport aux sérologies réalisées par les laboratoires (2/1.000), car les actions de dépistage communautaire touchent les populations les plus exposées au VIH (31% d'hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes -HSH- et 34% de migrants).
Malgré la hausse globale de l'activité de dépistage, la proportion de diagnostics réalisés en 2017-2018 à un stade avancé de l'infection (nombre de lymphocytes T CD4 inférieur à 200 cellules/µL ou stade clinique de sida) était stable depuis 2013 et concernait 28% des cas.
En outre, 49% des découvertes de séropositivité ont concerné des personnes ayant déclaré n'avoir jamais été testées auparavant. Cette part était de 22% chez les HSH et de 62% chez les hétérosexuels nés à l'étranger.

Un diagnostic sur 5 concerne les 50 ans et plus

En 2016, le nombre de découvertes de séropositivité VIH a été estimé à 6.003, rappelle Santé publique France (cf APM SB6OZXHB3). L'agence n'a en revanche pas encore pu établir d'estimations pour 2017 en raison d'une sous-déclaration et d'une augmentation du nombre de données manquantes (relatives par exemple au stade clinique de l'infection ou au mode de contamination). Elle appelle de fait les déclarants, et notamment les cliniciens, à se mobiliser pour améliorer l'exhaustivité et la qualité des données.
Les données brutes disponibles pour la période allant de janvier 2017 à septembre 2018 ont néanmoins permis à l'agence sanitaire de déterminer le profil des personnes nouvellement diagnostiquées pour une infection à VIH. Il s'agissait d'hommes dans 66% des cas et les deux groupes les plus touchés étaient les HSH (45% des diagnostics) et les hétérosexuels nés à l'étranger -dont les trois quarts en Afrique subsaharienne- (38%). Les hétérosexuels nés en France et les usagers de drogues injectables représentaient respectivement 15% et 1% des diagnostics.
Les personnes de moins de 25 ans représentaient 14% des découvertes de séropositivité. La part des 50 ans et plus s'est stabilisée à 22% en 2017-2018, après avoir augmenté de 13% à 21% entre 2003 et 2014.
Dans un article publié mardi dans une édition spéciale VIH du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), Thi-Chiên Tran de Santé publique France à Saint-Maurice et ses collègues s'intéressent à l'évolution, entre 2008 et 2016, des découvertes de séropositivité VIH chez les personnes de 50 ans et plus (qu'ils définissent par le terme de "seniors").
Ils ont observé qu'entre 2008 et 2014, le nombre annuel de découvertes de séropositivité chez les seniors avait significativement augmenté de 22%, passant de 1.041 à 1.268 cas.
Sur les 1.184 seniors diagnostiqués en 2016 (c'est-à-dire 20% des 6.003 cas), 73% avaient entre 50 et 59 ans. Les 60-69 ans représentaient 23% des cas, et ceux de 70 ans et plus, 4% des cas.
Près de trois quarts (72%) des seniors concernés étaient des hommes, parmi lesquels 47% avaient été contaminés lors de rapports sexuels avec des hommes. Ce taux était significativement plus faible que celui constaté chez les 25-49 ans (66%). Dans 59% des cas, les diagnostics d'infection à VIH avaient été posés chez des personnes nées en France (contre 48% pour les 25-49 ans).
La part de personnes n'ayant jamais été testées pour le VIH avant la découverte de leur séropositivité était significativement plus élevée chez les seniors (48%) que chez les 25-49 ans (42%). De plus, 38% des seniors avaient été diagnostiqués à un stade avancé de l'infection, contre 26% des 25-49 ans, ce qui constituait une différence statistiquement significative.
"Ce niveau de dépistage insuffisant chez les seniors peut être expliqué par une moindre perception du risque de contamination par le VIH, à la fois par les personnes elles-mêmes mais également par les professionnels de santé, alors que l'exposition à l'infection persiste au-delà de 50 ans", soulignent les auteurs. "Il est donc important que les actions de prévention incluent cette population."

Hausse des infections à gonocoque et Chlamydia

 Evolution du nombre de diagnostics d’infection à gonocoque, France, 2004-2017
Par ailleurs, une enquête menée auprès de l'ensemble des laboratoires de biologie médicale a permis à Santé publique France de disposer du nombre exact de diagnostics d'infections sexuellement transmissibles (IST) bactériennes posés en 2016. Le nombre de personnes diagnostiquées pour une infection à gonocoque et à Chlamydia en 2016 était respectivement de 49.628 et de 267.097.
Le taux d'infections à gonocoque était de 131 pour 100.000 hommes et de 55 pour 100.000 femmes. A l'inverse, les femmes étaient davantage touchées que les hommes par les infections à Chlamydia, avec des taux respectifs de 592/100.000 et de 491/100.000. Dans les deux cas, la tranche d'âge des 15 à 24 ans était la plus touchée.
Evolution du nombre de diagnostics d’infection à Chlamydia, France, 2000-2017
Par rapport à 2015, le nombre de personnes diagnostiquées en 2017 était en hausse de 70% pour les infections à gonocoque (en particulier chez les HSH) et de 15% pour les infections à Chlamydia. Néanmoins, les augmentations constatées pour ces deux IST peuvent être en partie liées à une augmentation du dépistage, note Santé publique France.
L'agence sanitaire souligne en outre qu'une des souches de gonocoque isolées en 2017 au centre national de référence (CNR) des IST bactériennes s'est révélée résistante au traitement de référence (la ceftriaxone).
Le nombre de diagnostics de syphilis récente est resté stable entre 2015 et 2017. Cette absence d'augmentation, observée alors que les autres IST bactériennes augmentent, est "difficilement explicable et nécessitera d'être confirmée par l'analyse des données de l'assurance maladie", pointe Santé publique France.
"Le dépistage régulier des IST bactériennes, couplé à celui du VIH, reste indispensable dans une approche globale de santé sexuelle", conclut l'agence.
(BEH, 27 novembre 2018, n°40-41, p792-798)
sb/ab/APMnews

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