VIH: le "patient de Londres", deuxième cas de rémission durable après une greffe de moelle osseuse

(Par Sylvie BURNOUF, à la CROI)
SEATTLE, 5 mars 2019 (APMnews) - Un nouveau cas de rémission durable d'une infection par le VIH a été observé chez un homme séropositif traité pour un lymphome de Hodgkin par une greffe allogénique de cellules souches hématopoïétiques issues d'un donneur homozygote pour la mutation delta32 sur le gène du corécepteur CCR5, a-t-on appris mardi.
Surnommé "patient de Londres" en référence au "patient de Berlin", dont le cas avait été rapporté en 2008 (cf APM RLLKD001 et APM RLNLG001), cet homme était toujours en rémission de son infection par le VIH après 18 mois sans traitement antirétroviral, rapportent Ravindra Gupta de l'University College London et ses collègues dans la revue Nature. Leurs résultats doivent faire l'objet d'une présentation orale mardi à la Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections (CROI) à Seattle.
Il s'agit du 2e cas rapporté à ce jour de rémission durable après ce type de greffe. Pour le patient de Berlin comme pour celui de Londres, les cellules souches utilisées pour la greffe présentaient la mutation delta32 sur le gène du CCR5. Les porteurs homozygotes de cette mutation sont résistants aux infections par les souches de VIH qui utilisent le corécepteur CCR5 pour entrer dans les cellules immunitaires.
Le cas décrit par les chercheurs britanniques avait été mis sous traitement antirétroviral en 2012. Il présentait alors une charge virale de 180.000 copies/mL et un taux de CD4 de 290/mm3 au nadir, selon le résumé de la présentation. Lors des périodes d'interruption du traitement, un rebond virologique et la sélection de résistances aux inhibiteurs nucléosidiques ou nucléotidiques de la transcriptase inverse (INTI) ont été observés.
Constatant l'échec de la chimiothérapie de première ligne ainsi que des multiples thérapies de secours pour traiter le lymphome de Hodgkin du patient, les chercheurs ont identifié, en vue d'une greffe allogénique de cellules souches hématopoïétiques, un donneur de moelle osseuse porteur homozygote de la mutation delta32 sur le gène du CCR5.
Le patient a bénéficié d'un traitement moins agressif que celui administré à l'époque au "patient de Berlin", qui avait reçu deux greffes de moelle osseuse consécutives avec irradiation corporelle totale. La déplétion des lymphocytes T a été réalisée par anti-CD52 et le traitement prophylactique de la réaction du greffon contre l'hôte a compris de la cyclosporine et du méthotrexate. Le traitement antirétroviral a été poursuivi tout au long de la procédure de greffe.
Le patient a développé une légère réaction du greffon contre l'hôte. Un chimérisme complet avec le donneur a été maintenu dans le sang. Les chercheurs rapportent avoir constaté la rémission complète du patient, 6 mois après la greffe.
Le traitement antirétroviral a été interrompu 17 mois après la greffe. A 33 mois post-greffe, la charge virale plasmatique restait indétectable, inférieure à 1,4 copie par mL. D'autres analyses moléculaires ont montré l'absence de virus latent au sein des lymphocytes T CD4+ dormants.
En outre, une analyse par spectrométrie de masse a montré l'absence de taux quantifiables de traitement antirétroviral dans le plasma du patient.
Le séquençage des cellules mononucléées du sang périphérique (PBMC) pré-transplantation a permis d'identifier plusieurs clones viraux; tous étaient des virus à tropisme R5 (tropisme pour le corécepteur CCR5). Une analyse post-greffe des lymphocytes T CD4+ du patient a montré l'absence d'expression du CCR5. In vitro, ces cellules étaient résistantes à l'infection par les souches de VIH présentant un tropisme R5.
"Il s'agit, à notre connaissance, de la plus longue rémission d'une infection par le VIH jamais observée chez un adulte depuis le 'patient de Berlin'", concluent les chercheurs, insistant sur le fait que leur approche n'avait pas impliqué d'irradiation et que le patient n'avait développé qu'une légère réaction à la greffe.
"Bien qu'il ne s'agisse pas d'une stratégie thérapeutique viable à grande échelle, nous nous trouvons néanmoins à un moment crucial de la recherche pour un traitement contre le VIH", a souligné le président de l'International AIDS Society (IAS), Anton Pozniak, dans un communiqué diffusé mardi. "Ces nouveaux résultats confirment notre conviction qu'il est possible de guérir du VIH."
(Nature, publication en ligne du 5 mars)
sb/nc/APMnews

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