L'étude sur THS et cancer du sein critiquée par les gynécologues français

PARIS, 3 septembre 2019 (APMnews) - L'étude publiée la semaine dernière dans le Lancet sur l'association entre le traitement hormonosubstitutif (THS) de la ménopause et le risque de cancer du sein, qui croit en fonction de la durée de traitement, est critiquée dans un communiqué par le Groupe d'étude sur la ménopause et le vieillissement hormonal (Gemv) et le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF).
Dans cette méta-analyse regroupant les données de 58 études épidémiologiques sur 143.887 femmes ménopausées ayant eu un cancer du sein et 424.972 contrôles sans cancer, il est montré que le risque de cancer du sein augmente dès qu'on dépasse un an de traitement par THS et croit avec la durée de traitement, et qu'un surrisque de cancer du sein peut perdurer jusqu'à 10 ans après l'arrêt du THS (cf APM FB9PWY8DO).
Dans leur communiqué, le Gemv et le CNGOF ne contestent par l'existence d'un risque de cancer du sein avec le THS, qui est "connu" et qu'il n’est "pas question ici de négliger". Mais ils s’interrogent "sur l’intérêt réel de publier une Xème analyse des relations entre cancer du sein et THM [traitement hormonal de la ménopause] à partir d’études vieilles de plus de 20 ans et surtout concernant des traitements que nous n’utilisons plus depuis pratiquement 15 ans".
Ils mettent en avant de nombreux biais et limites de ce travail publié dans le Lancet. Il y a par exemple des "données manquantes pour certaines variables", notamment pour l'âge de la ménopause qui est non connu pour la moitié des personnes.
Ils déplorent l'absence dans la méta-analyse, "pour des raisons que nous ne connaissons pas", des données de l'étude française E3N, qui "avait montré l’absence de surrisque associé à la progestérone micronisée ou la dydrogestérone pour une durée moyenne de traitement de l’ordre de 5 ans". A l'inverse, sont incluses les données de la Million Women Study, publiée en 2004, alors qu'à l’époque de sa publication elle avait été "largement critiquée pour ses nombreux biais méthodologiques".
Pour le Gemv et le CNGOF, "le meilleur exemple étayant les biais méthodologiques de cette méta-analyse concerne l’augmentation du risque rapportée avec les estrogènes conjugués équins (ECE) donnés seuls, sans progestatifs alors que l’essai randomisé WHI avait montré au contraire, une diminution significative de ce risque chez les femmes traitées par ECE seuls" !
Par ailleurs, ils soulignent le fait que l'idée d'une relation causale entre THS et cancer du sein "est fortement discutée".
Ils rappellent que "l’utilisation préférentielle en France, de l’estradiol cutané et associé à la progestérone micronisée ou à la dihydrogestérone n’a pas été associée à un surrisque de cancer du sein dans les études d’observation françaises pour des durées de traitement de l’ordre de 5 à 7 ans".
"Au total, on ne peut que regretter que cet article, dont les résultats sont largement critiquables, ne s’attache (une nouvelle fois) à évaluer l’impact du THM qu’au travers de la lorgnette du cancer du sein", sans évoquer les effets bénéfiques sur les symptômes, le risque cardiovasculaire et l'ostéoporose.
fb/ab/APMnews

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