Bénéfice d'une thérapie familiale chez les jeunes à risque élevé de trouble bipolaire

WASHINGTON, 4 février 2020 (APMnews) - Une thérapie psychosociale familiale semble plus efficace qu'une psycho-éducation pour allonger le délai entre deux épisodes thymiques chez des jeunes à risque élevé de trouble bipolaire, selon un essai clinique américain.
Les personnes qui développent un trouble bipolaire en fin d'adolescence ou au début de l'âge adulte présentent souvent des troubles de l'humeur au cours de l'enfance (dépression, anxiété, labilité émotionnelle, symptômes maniaques...). Des données indiquent qu'un traitement tardif est associé à la sévérité de la dépression et un état fonctionnel altéré mais peu d'études ont évalué des traitements pour prévenir la progression des symptômes, rappellent David Miklowitz de l'université de Californie à Los Angeles et ses collègues dans JAMA Psychiatry.
Ils se sont intéressés aux interventions psychosociales qui semblent efficaces pour stabiliser l'humeur et allonger le temps de rémission et ont comparé en particulier une thérapie familiale à une approche de psycho-éducation standard auprès de jeunes considérés comme à fort risque de trouble bipolaire.
Pour cette étude multicentrique, 127 patients ont été inclus (64,6% de sexe féminin; 13,2 ans en moyenne, entre 9 et 17,9 ans) dont 59,1% présentaient un épisode dépressif majeur et 40,9% un trouble bipolaire non spécifié, avec au moins un parent au premier ou deuxième degré atteint d'un trouble bipolaire de type I ou II.
Ils ont été randomisés entre une thérapie familiale et une approche de psycho-éducation standard.
La première thérapie impliquait le patient, ses parents et si possible, la fratrie et consistait en 12 sessions d'une heure de psycho-éducation, de formation à la communication (pratique de l'écoute active, expression des sentiments) et d'entraînement à la résolution de problèmes, réparties sur quatre mois (8 sessions hebdomadaires puis 4 bihebdomadaires). Pour la psycho-éducation, les patients avaient d'abord trois sessions hebdomadaires d'une heure en famille puis trois autres mensuelles mais seuls.
Les traitements pharmacologiques étaient autorisés.
Le critère principal a été dérivé de l'évaluation hebdomadaire du statut psychiatrique du patient jusqu'à quatre ans. Le délai médian de suivi était de presque deux ans (98 semaines).
Il apparaît que les deux approches avaient un effet similaire sur le délai entre les symptômes présents avant le traitement et la rémission, avec une disparition de l'épisode thymique en 24 semaines en médiane chez 77% des patients ayant suivi la thérapie familiale et en 23 semaines chez 65,2% des patients ayant suivi la psycho-éducation classique.
En revanche, la thérapie familiale était associée à un allongement statistiquement significatif de la durée de stabilité jusqu'au prochain épisode thymique, de 81 semaines depuis la randomisation, contre 63 semaines pour les patients ayant suivi la psycho-éducation habituelle, soit une diminution du risque de nouvel épisode thymique de 45%.
L'analyse des données indique que ce bénéfice concerne les épisodes dépressifs, avec un allongement de la période de rémission de 87 semaines en médiane avec la thérapie familiale, contre 63 semaines avec la psycho-éducation, alors que pour un épisode maniaque ou hypomaniaque, le délai de récidive était similaire dans les deux groupes (respectivement, 140,6 et 133,6 semaines).
Le traitement pharmacologique prescrit ne semble pas avoir eu d'effet spécifique.
Dans les analyses secondaires, l'évolution des symptômes à 48 mois est meilleure chez les patients ayant suivi la thérapie familiale, sauf sur la durée du sommeil.
Cette étude indique qu'une thérapie familiale semble allonger la période de rémission entre deux épisodes dépressifs chez les jeunes à risque élevé de trouble bipolaire. Ces résultats méritent des travaux complémentaires pour clarifier l'association entre des modifications dans le fonctionnement de la famille et l'évolution des troubles de l'humeur, concluent les chercheurs.
(JAMA Psychiatry, édition en ligne du 15 janvier)
ld/ab/APMnews

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